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OUJE-BOUGOUMOU - Lieu où le peuple se rassemble

 

Système de chauffage centralisé

 

Le système de chauffage centralisé d'Oujé-Bougoumou n'a pas été conçu par des ingénieurs ou des techniciens en énergie, ni non plus par des gens qui avaient une vaste expérience du domaine de la production d'énergie ou de l'énergie de remplacement, mais plutôt par des gens dont l'activité professionnelle était le développement communautaire. Du point de vue de ce qui est bénéfique pour une communauté autochtone, il est apparu qu'un tel système deviendrait un outil extrêmement positif de développement de l'infrastructure financière future de la communauté.


Chauffage centralisé : de quoi s'agit-il ?

Un système de chauffage centralisé permet de chauffer des résidences, des établissements institutionnels (écoles, cliniques, immeubles administratifs, etc.) et des immeubles commerciaux à partir d'une seule source d'énergie qui distribue la chaleur à tous les bâtiments par un réseau de canalisations souterraines d'eau chaude. Une seule source de production d'énergie remplace les moyens conventionnels de chauffage individuel d'immeubles, comme les chaudières au mazout ou les plinthes chauffantes électriques. Le système de chauffage centralisé alimente également le réseau d'eau chaude domestique.

Le chauffage centralisé n'est pas nouveau. Les Romains ont été les premiers à y recourir pour chauffer leurs habitations et leurs célèbres bains. La première compagnie moderne de chauffage centralisé a été fondée à Lockport (New York) en 1878 par la Holly Steam Combination Company. Elle n'avait que quatorze clients à ses débuts, mais en 1880, desservait plusieurs usines. Le réseau de distribution comprenait presque trois milles de conduites de vapeur. Les premières étaient faites de fer, enveloppées d'amiante, de feutre et de papier ; elles étaient enterrées à environ trois pieds dans une boîte de bois remplie de sciure.

En 1880, le chauffage centralisé était bien établi. C'est dans le Nord-Est des États-Unis, avec la fondation de nombreuses compagnies d'électricité pour répondre à la demande accrue d'énergie électrique découlant de la Révolution industrielle qu'est né le chauffage centralisé moderne. On a aussi découvert que la vapeur d'échappement produite lors de la génération d'électricité et normalement relâchée dans l'atmosphère pouvait être vendue aux clients des systèmes de chauffage centralisé. Ces systèmes ont été les premiers à combiner chaleur et production d'électricité. En une décennie, le chauffage centralisé s'était répandu dans de nombreuses villes aux États-Unis, la vapeur étant le moyen privilégié de transfert d'énergie.

Les systèmes de chauffage centraux à eau chaude ont d'abord vu le jour en Europe pour parer aux limites des systèmes à vapeur. Aujourd'hui, le concept de chauffage - et de refroidissement - central est très répandu dans beaucoup de pays. En Europe, particulièrement dans les pays scandinaves, les grands systèmes de chauffage centraux sont courants, et les systèmes de refroidissement ont d'abord été réservés aux universités, aux établissements militaires et gouvernementaux, ainsi qu'aux grands complexes industriels.

l'eauAu Canada, le premier système de chauffage centralisé a été construit en 1924 pour desservir une petite partie du quartier commercial de Winnipeg. D'autres villes canadiennes utilisent aujourd'hui des systèmes de chauffage centralisés à vapeur, dont Toronto, Montréal, Ottawa et Vancouver. Les deux seuls systèmes de chauffage centralisés canadiens à avoir adopté le concept européen à l'eau chaude sont ceux des plaines LeBreton à Ottawa, installé en 1981, et de Charlottetown (Î.-P.-É.), installé en 1987. Oujé-Bougoumou possède le premier système de chauffage centralisé utilisé pour l'ensemble d'un village en Amérique du Nord et il est le premier village du continent à employer la biomasse comme carburant et l'eau chaude comme moyen de transfert d'énergie.


Prise de décisions communautaire

En 1986, la communauté a d'abord commencé à discuter, de façon très théorique, de la possibilité de recourir à un système de chauffage centralisé à biocarburant. Le concept est né de la conjonction de deux raisonnements.

ScieriePremièrement : Sur la route principale qui relie Chibougamau à Chapais, les deux villes non autochtones de la région, et à d'autres villes plus à l'ouest et plus au sud (dont Waswanipi, Lebel-sur-Quévillon, Miquelon, Seneterre et Val d'Or), on trouve une importante scierie qui se spécialise dans la production de « deux par quatre » de huit pieds pour le marché nord-américain. Comme c'est le cas pour la plupart des scieries de cette taille au Canada, celle-ci comprend un grand four wigwam qui brûle les déchets de bois (écorce, déchets d'abattage, etc.) 24 heures par jour. Cette scierie en particulier a pour pratique de faire d'énormes tas de sciure sur son site, n'en utilisant qu'une très petite portion pour des choses comme l'alimentation de son séchoir à bois.

TeepeeLa vue de ces déchets représentait deux choses pour les Cris d'Oujé-Bougoumou. D'abord, un rappel constant de l'exploitation rapace de la forêt qui les prive de leur territoire et rend de plus en plus difficiles leurs activités traditionnelles. Ensuite, c'était le triste reflet de la façon dont les ressources naturelles sont habituellement exploitées par les entreprises industrielles de la région. Pour ces dernières, il s'agit de ne prendre que ce qui est bon à des fins commerciales et de laisser le reste pourrir, ce qui est en vive contradiction avec l'approche autochtone traditionnelle de ne récolter que ce qui est nécessaire et de trouver une utilisation à tous les éléments de ce qui est tiré de l'environnement pour n'en gaspiller qu'un minimum.

Deuxièmement : C'est autour de 1986 que le gouvernement fédéral a annoncé la fermeture d'un certain nombre des bases des Forces canadiennes conjointement avec l'établissement d'un système de remplacement du Réseau avancé de préalerte construit à la fin des années 50. Cela signifiait que la base des Forces canadiennes de Chibougamau, qui y était installée depuis le début des années 60, allait fermer. À l'époque, optimistes à l'idée que le règlement de la question d'Oujé-Bougoumou était imminent, certains des membres de la communauté ont visité la base pour y identifier l'équipement ou les installations qui pouvaient peut-être être cédés à prix raisonnable et servir à la nouvelle communauté. En plus des installations récréatives, camions de pompiers, tables et chaises et autres articles utiles, ce qui a attiré l'attention des visiteurs de l'installation - une véritable petite ville en soi -, c'était la présence d'un système de chauffage centralisé.

Le chauffage du quartier résidentiel de la base était fourni par un système de chauffage centralisé alimenté par une génératrice diesel. À première vue, ce système semblait plus économique que si chaque unité d'habitation avait eu sa propre chaudière. Les visiteurs se sont tout de suite demandé si un tel système pouvait fonctionner dans un village tel que celui que prévoyaient construire les gens d'Oujé-Bougoumou. En outre, plutôt que d'acheter et de transporter sur de grandes distances le carburant nécessaire pour un tel système, ne serait-il pas possible d'utiliser comme carburant de rechange une ressource disponible localement et à peu de frais comme la sciure, question de faire quelque chose avec cette montagne de déchets de bois produits chaque année ? Un peu de recherche a confirmé non seulement qu'il était faisable et plutôt courant d'installer des systèmes de chauffage centralisés dans les pays scandinaves ayant un climat semblable, mais que ces systèmes pouvaient facilement être adaptés pour être alimentés par la biomasse.

La communauté a ensuite soumis une demande à un programme fédéral de l'époque qui menait des projets de démonstration dans le domaine de l'efficacité énergétique en régions éloignées. Cette demande portait sur le financement nécessaire pour effectuer une étude initiale de la faisabilité économique de l'installation d'un tel système dans un nouveau village.

Toutefois, comme le nouveau village d'Oujé-Bougoumou devait être situé près d'un réseau hydroélectrique existant, on a jugé qu'il n'était pas admissible au financement par le programme. Une telle étude était néanmoins considérée comme une première étape critique pour permettre aux membres de la communauté de décider s'ils devaient ou non poursuivre le projet.

Ce n'est qu'après l'entente conclue avec Québec à l'automne de 1989, laquelle marquait le début des activités de construction du village, que des fonds limités ont été mis à la disposition d'Oujé-Bougoumou pour effectuer une variété de petites études. La priorité pour la communauté à l'époque était de commencer à construire dès que possible de manière à ce que ses membres, qui vivaient dans des conditions inférieures à la norme, puissent accéder à des logements décents. On s'est d'abord attaqué à l'installation d'un réseau d'aqueduc et d'égout.

Après avoir terminé le plan et pendant l'installation du réseau d'infrastructure, les membres de la communauté ont communiqué avec une entreprise de gestion et d'ingénierie avec laquelle ils avaient des liens pour lui demander d'effectuer une analyse préalable de faisabilité d'un système de chauffage centralisé à biocarburant afin de déterminer s'il était intéressant pour la communauté d'entreprendre une analyse plus en profondeur. Il s'agissait d'une société conventionnelle de gestion ayant peu d'expérience en matière de chauffage centralisé. Les résultats de l'étude préalable de faisabilité laissaient croire que l'installation d'un tel système serait tellement coûteuse qu'elle en serait prohibitive.

Les dirigeants de la communauté, qui avaient déjà commencé à spéculer sur les bénéfices potentiels d'un tel système - bénéfices se traduisant par des emplois et des avantages financiers du fait que les dépenses énergétiques seraient faites localement - ont décidé de demander une deuxième opinion.

C'est à ce moment qu'on a communiqué pour la première fois avec les Laboratoires de recherche sur l'énergie du ministère fédéral de l'Énergie, des Mines et des Ressources (appelé maintenant Ressources naturelles Canada). Le personnel des Laboratoires, dirigé par Michael Wiggin, avait commencé à acquérir beaucoup d'expérience dans les domaines du chauffage et du refroidissement centralisés, ayant participé à de nombreux projets de cette nature au Canada, notamment au développement du système de chauffage centralisé à biocarburant du centre-ville de Charlottetown (Î.-P.-É.), de même qu'aux premières étapes de projets potentiels à Kingston, Toronto et Edmonton. Ils étaient également au fait des derniers développements technologiques dans le domaine, et connaissaient des entreprises et des personnes ayant des compétences très à jour.

Le personnel des Laboratoires était impatient d'aider Oujé-Bougoumou et a offert d'effectuer une autre étude de préfaisabilité. Un recherchiste d'Ottawa a immédiatement été envoyé à Oujé-Bougoumou pour visiter le site du nouveau village et voir les plans de développement ainsi que la quantité de biomasse accessible. Très rapidement, dans son étude de préfaisabilité, il en est arrivé à la conclusion que le coût d'installation d'un tel système serait substantiellement moins élevé que dans la première estimation et qu'il valait vraiment la peine que la communauté songe sérieusement à faire effectuer une étude de faisabilité complète.

Pendant la réalisation de leurs différents projets, les membres du personnel des Laboratoires de recherche sur l'énergie avaient rencontré des gens de la société Eltec/FVB d'Edmonton (Alberta), une coentreprise regroupant le volet consultation d'Edmonton Power et une entreprise d'ingénierie suédoise de bonne réputation ayant beaucoup d'expérience dans le chauffage et le refroidissement centralisés. L'objectif de la coentreprise était de trouver au Canada des projets de chauffage et de refroidissement centralisés afin de leur fournir de l'aide technique. Compte tenu de sa vaste expérience et de sa compétence dans le domaine, c'est cette entreprise que Michael Wiggin a recommandée pour effectuer l'étude de faisabilité complète.

Après une tentative infructueuse pour obtenir du Programme de développement économique des autochtones, du ministère fédéral de l'Industrie, des Sciences et de la Technologie, de l'aide financière en vue de l'étude de faisabilité, le coût de cette dernière a finalement été partagé entre Oujé-Bougoumou et le ministère de l'Énergie, des Mines et des Ressources du Canada.


PortraitsPortraitsL'étude de faisabilité s'est déroulée plutôt rapidement. En quelques courtes semaines, la communauté s'est mise à délibérer à son sujet. L'étude a montré ce que la communauté soupçonnait déjà : premièrement, à court terme, comparé au chauffage hydroélectrique ou au chauffage au mazout, le chauffage centralisé est beaucoup plus coûteux. De toute évidence, les coûts d'immobilisation associés à l'installation d'une chaufferie centrale à biocarburant et au réseau de canalisations de distribution sont beaucoup plus importants que ceux de l'installation de plinthes chauffantes ou de chaudières à mazout. Mais deuxièmement, et de façon plus importante, en quelques années seulement, le coût du chauffage et de la distribution de l'eau chaude à la communauté par l'entremise d'un système de chauffage centralisé rattrape celui des systèmes conventionnels, si bien que le système centralisé commence à présenter un rendement économique substantiel.


Analyse coûts/avantages complète

Pour les membres de la communauté, la perspective coûts/avantages qui avait servi de point de départ à ce projet se fondait sur bien plus qu'un rendement économique à court terme. Ils avaient plutôt entrepris d'évaluer la faisabilité du système à très long terme ainsi que l'ensemble des avantages potentiels pour toute la communauté. En plus de déterminer le rendement économique à court terme, ils ont analysé des choses comme les impacts environnementaux, le développement communautaire, la création d'emplois, les impacts sur le Programme de logement et la production à long terme de revenus pour la collectivité. C'est cette compréhension des avantages potentiels pour la communauté qui a servi de moteur à son étude de la faisabilité du système.

Les représentants de la communauté n'ont jamais cessé de discuter avec les ingénieurs qui ont rédigé l'étude de faisabilité, modifiant les hypothèses et les prévisions, et évaluant les impacts économiques de divers scénarios énergétiques. Les dirigeants de la communauté savaient qu'ils devaient bientôt prendre une décision et ils devaient déterminer très rapidement s'ils iraient ou non de l'avant.

Dans le cadre du processus de prise de décisions, la communauté a délégué quatre personnes pour aller à Charlottetown (Î.-P.-É.) afin d'y observer le fonctionnement du système de chauffage centralisé à biocarburant installé au centre-ville. Pour les membres de la délégation, c'était la première fois qu'ils allaient voir fonctionner un système de chauffage centralisé. Jusqu'à ce moment, toutes les discussions avaient été plus ou moins théoriques. Cette visite a permis à la délégation de comprendre le mode de fonctionnement d'un tel système, de sorte qu'elle puisse l'expliquer de façon très graphique à la communauté d'Oujé-Bougoumou. La délégation est revenue à Oujé-Bougoumou très enthousiasmée. Son enthousiasme et l'information qu'elle a ramenée ont servi à intensifier les discussions au sein de la communauté.

Préoccupations importantes

D'importantes préoccupations ont commencé à être soulevées. Quels genres d'émissions allait produire la chaufferie centrale dans l'environnement ? Quelle sorte de système de secours utiliserait-on en cas de panne de la chaudière à biomasse ? Qu'arriverait-il si le système tombait complètement en panne ? Ce système était-il suffisamment simple pour être exploité et entretenu par les membres de la localité ? Qu'arriverait-il en cas de pénurie de sciure ?

ConstructionLes ingénieurs-systèmes ont répondu de manière satisfaisante à toutes les préoccupations. Des membres de la communauté ont ensuite commencé à discuter avec les scieries locales pour garantir un approvisionnement à long terme de déchets de bois. On a aussi porté à l'attention de la communauté qu'en Suède une espèce de peuplier à croissance rapide avait été mise au point qui atteint sa maturité en trois à cinq ans. Il apparaissait qu'à long terme la communauté serait beaucoup moins vulnérable si elle pouvait alimenter elle-même sa chaufferie en biocarburant.

À la même époque, les ingénieurs ont fait valoir une autre considération importante à la communauté, laquelle devait être prise en compte dans le processus de prise de décisions et touchait la nature des logements du village. Dans l'intérêt de la conservation de l'énergie et des avantages économiques à long terme, la communauté avait décidé de construire des habitations très éconergiques. La norme canadienne en matière de logements éconergiques est R-2000 (valeur de l'isolation). La cote des habitations construites à Oujé-Bougoumou était plus élevée encore. En fait, les ingénieurs en chauffage centralisé ont calculé que la cote des bâtiments résidentiels en cours de construction approchait R-3000. Cela pouvait avoir un impact très significatif sur la faisabilité économique du système de chauffage. Cela signifiait qu'en raison de leur faible utilisation énergétique, les habitations allaient contribuer de façon moins importante aux revenus nécessaires pour payer le coût du système de chauffage. Il était important que la communauté sache si ce fardeau additionnel allait être suffisamment onéreux pour annuler les avantages potentiels associés au chauffage centralisé.

Avantages potentiels

Au moment de prendre leur décision finale, les membres de la communauté ont dressé une liste des avantages potentiels à long terme du chauffage centralisé. Elle comprenait notamment :

  • La rétention de capitaux à l'intérieur de la communauté, qui autrement en seraient sortis. Ces dollars consacrés à l'énergie seraient conservés dans le village plutôt que d'être exportés. Les projets de développement communautaire futurs pourraient donc être financés de l'intérieur.
     
  • La capacité de contrôler une portion substantielle des coûts énergétiques, ce qui ne serait pas possible avec le chauffage conventionnel. Il paraissait évident que le coût tant de l'hydroélectricité que du mazout allaient augmenter sans que personne y puisse quoi que ce soit. Un système de chauffage centralisé permettrait de contrôler les coûts de l'énergie nécessaire au chauffage des habitations et de l'eau domestique.
     
  • La création d'emplois locaux. Il faudrait embaucher quelqu'un pour exploiter la chaufferie, commander le biocarburant et lire les compteurs. Aucun emploi n'était associé au chauffage conventionnel.
     
  • Une réduction relative à long terme des coûts énergétiques du chauffage.
     
  • Un impact positif sur l'innovateur Programme de logement. Le système de chauffage centralisé entraînerait une réduction des coûts de fonctionnement des bâtiments résidentiels à mesure que diminuerait le coût de l'énergie nécessaire au chauffage. En vertu du Programme de logement de la communauté, comme chaque résidant doit payer un pourcentage fixe de son revenu pour son logement, l'ensemble des sommes versées peut servir à couvrir les coûts d'exploitation (énergie, assurances, entretien, etc.) et s'ajouter au fonds de logement de la communauté de manière à ce que d'autres habitations puissent être construites dans l'avenir. En réduisant les coûts de fonctionnement des maisons, une portion plus élevée des montants payés par les résidants sera disponible pour la construction ultérieure de logements. Et ainsi on contribue de façon importante à l'atteinte de l'objectif communautaire d'autosuffisance dans le domaine du logement.

La capacité de contrôler les coûts élevés d'exploitation des maisons pourrait faire la différence entre l'autosuffisance communautaire en matière de logement et une pénurie perpétuelle de logements, comme c'est le cas dans la plupart des autres communautés autochtones. La capacité d'appuyer à long terme le Programme de logement a également des conséquences énormes pour l'avenir de l'emploi et des revenus dans la communauté.

ConstructionBien que des facteurs comme des logements très éconergiques allaient avoir un impact négatif sur la faisabilité économique du système, il n'en restait pas moins que les coûts seraient récupérables dans un délai acceptable. Le système resterait une entreprise viable génératrice de revenus, bien au-delà de ce qu'il faudrait pour rembourser les coûts d'immobilisation initiaux. À la fin, il a été décidé que les avantages potentiels à long terme pour la communauté valaient l'investissement initial en capital. Pour bien comprendre la décision de la communauté, il faut savoir qu'elle percevait le système de chauffage centralisé comme un élément intégral de son développement socio-économique futur et, en conséquence, comme un atout pour l'emploi local, les projets communautaires futurs et son Programme de logement innovateur. Elle ne cherchait pas uniquement un rendement économique à court terme.


SourireLa décision s'est appuyée sur une vision globale de la réalité économique de la communauté et sur la conviction que l'ensemble de cette dernière récolterait des avantages substantiels de l'installation d'un système de chauffage centralisé.

Après avoir pris la décision d'aller de l'avant avec le projet, la question qui se posait touchait la nature du financement requis pour la construction. On était d'avis qu'une partie des impacts négatifs sur la faisabilité économique du système pourrait être annulée par des contributions sous forme de subventions. La communauté a donc décidé qu'elle avait l'obligation de contribuer au développement de son propre avenir en consacrant une somme substantielle au projet à même ses fonds. Elle a aussi été capable d'obtenir d'importantes contributions du ministère des Ressources naturelles du Canada et d'Hydro-Québec.


Sommaire des avantages pour la communauté

Du point de vue de la planification communautaire, ce travail effectué dans le contexte d'une petite communauté offre certains avantages intrinsèques. En raison de l'absence relative du genre de complexités que l'on trouve dans les grands centres urbains où les intérêts sont multiples, et les parties prenantes à tout projet, nombreuses, il est possible de percevoir de façon beaucoup plus claire les interrelations entre les divers facteurs socio-économiques. Il est donc plus facile d'évaluer les coûts et de peser les avantages de tout changement potentiel pour l'ensemble de la communauté. Une communauté plus petite offre jusqu'à un certain point un microcosme simplifié des impacts socio-économiques de tout changement. Dans ce contexte, il était relativement simple pour la communauté d'Oujé-Bougoumou de déterminer la viabilité du projet de chauffage centralisé.

Avantages pour l'environnement

  • La réduction de la consommation d'énergie totale de la communauté. Dès l'origine, la motivation derrière le développement d'un système de chauffage centralisé était la possibilité de consommer beaucoup moins grâce aux économies associées à un système commun.
  • La récupération d'énergie de déchets industriels. Il existe plusieurs scieries de moyenne et grande taille dans la région de Chibougamau-Chapais, au Québec. À l'heure actuelle, les déchets de ces scieries sont soit brûlés, soit amoncelés. Leur utilisation et leur conversion en énergie représentent un progrès sur le plan environnemental.
  • Le déplacement des sources d'énergie conventionnelles appliquées au chauffage. En l'absence du type de système de chauffage centralisé envisagé pour ce projet, les sources de carburant conventionnel seraient les combustibles fossiles et l'hydroélectricité.
  • Une sensibilité accrue de la communauté à l'égard des questions environnementales et de la conservation. Ce projet servira d'important point de départ à d'autres mesures environnementales innovatrices auxquelles la communauté pourrait penser pendant la construction de son nouveau village.

Avantages économiques

  • La réduction des coûts de chauffage pour les utilisateurs. Les économies associées au système de chauffage centralisé entraîneront une réduction des coûts de chauffage pour les résidants de la communauté.
  • L'augmentation des capitaux circulant dans la communauté. Les dollars qui autrement seraient « exportés » pour payer les coûts énergétiques aux services publics ou aux fournisseurs de carburant sont conservés dans la communauté et constituent un avantage pour l'ensemble de cette dernière puisqu'ils peuvent servir à financer de futurs projets.
  • Un impact bénéfique sur l'innovateur Programme de logement. Le système de chauffage centralisé entraînera une réduction des frais d'exploitation des logements à mesure que les coûts énergétiques diminueront. En vertu du Programme de logement de la communauté, chaque résidant aura l'obligation de payer un pourcentage fixe de son revenu pour son logement. Ce revenu sera utilisé pour couvrir les frais d'exploitation et viendra s'ajouter au fonds de logement communautaire de sorte qu'il sera possible de construire d'autres habitations. En réduisant les frais d'exploitation des maisons, une portion plus grande des revenus générés par les résidants sera accessible pour la construction de futurs logements. Dans cette mesure, une contribution importante sera faite à l'objectif communautaire d'autosuffisance dans le domaine du logement.
  • Le potentiel d'utilisation des capacités excédentaires. Dans le cas probable où le système produirait une quantité excédentaire de chaleur, le potentiel existe pour une utilisation économique et innovatrice de l'énergie qui aurait un impact positif sur la communauté. Parmi les retombées possibles de l'utilisation des capacités excédentaires, on pense à une serre et à l'aquaculture.

Avantages sociaux

  • L'emploi local. Contrairement aux systèmes à sources d'énergie conventionnelles, le système de chauffage centralisé a un impact positif sur l'emploi local tant pour sa construction que pour son exploitation. Dans une petite communauté, chaque emploi créé a un effet économique multiplicateur important sur l'économie locale.
  • Une contribution à un sentiment général d'autosuffisance communautaire. Les membres de la communauté ont pour objectif la construction d'un village qui fonctionne efficacement tant du point de vue de l'économie que de celui de l'environnement. Le système de chauffage centralisé représente un pas important dans le sens de cet objectif.

Leçons importantes

  • En plus des avantages directs et indirects pour la communauté d'Oujé-Bougoumou, tant à court qu'à long terme, d'autres communautés, y compris des centres urbains plus importants, pourraient aussi tirer d'importantes leçons sur la valeur d'une technologie énergétique de remplacement appropriée :
  • Le système de chauffage centralisé qui a été installé constitue l'expression concrète du concept de développement renouvelable. C'est un excellent exemple de la façon dont les charges de chauffage peuvent être regroupées pour faciliter l'utilisation de sources d'énergies locales : dans le cas présent, de déchets de bois de scieries de la région par les gens de la place. L'utilisation de ressources locales combinées avec des installations de production d'énergie appartenant à la communauté permet de réacheminer les sommes dépensées pour l'énergie dans l'économie du village, rehaussant du même coup la viabilité de la communauté.
  • Le projet servira d'exemple concret de la manière dont les communautés peuvent améliorer leur économie grâce à des innovations technologiques qui respectent l'environnement.
  • Un volet clé du combat contre le réchauffement global est l'utilisation de sources d'énergie renouvelables, notamment de la biomasse. Le projet d'Oujé-Bougoumou utilise les déchets de bois comme source d'énergie de base, ce qui constitue un exemple de la manière d'utiliser efficacement une énergie de remplacement. .
  • Ce projet indique comment le recours à l'énergie de remplacement est lié à l'autosuffisance de l'ensemble de la communauté.

Pour les habitants d'Oujé-Bougoumou, le système de chauffage centralisé offre l'occasion d'obtenir pour la communauté des bénéfices à long terme qui compenseront pour les coûts économiques à court terme. En plus de produire des surplus de revenus après amortissement des coûts d'investissement, la capacité de contrôler indéfiniment le coût de l'énergie nécessaire au chauffage apportera d'énormes bénéfices sur le plan socio-économique.